Un rat pris à un piège peut-il être intelligent ? La liberté est un sentiment, l’intelligence une illusion. Il me plaît de m’exposer à ma misère en me la narrant de telle sorte qu’elle m’apparaisse de manière légère, en une sorte d’irréalité qui lui donne un tour agréable, comme si j’assistais à la misère légère et agréable d’un personnage dont il me plairait de concevoir la nature de manière légère, en une sorte d’irréalité qui lui donnerait un tour agréable. La solitude expose à toute sorte de leurres, il se pourrait bien que j’en fusse un. Julien a clos le cycle sur la douceur en beauté. Corentin nous a quittés très tôt, il avait à fêter je ne sais quelle réussite de sa sœur, Jessica, en compagnie de deux de ses amies, Alma et Camille. Barbara était là, toujours intéressante, qui présentera bientôt à Soleure un documentaire consacré à sa mère et à sa présence auprès d’elle, dans les parages de la mort. Romy intervenait en sa qualité de sexologue, c’est la première fois que je l’entendais vraiment. J’ai fait la connaissance d’Elena, une psychologue bulgare avec qui j’ai pu échanger quelques mots sur Sofia et sur l’orthodoxie ; elle était contente de partager avec moi quelques mots sur Sofia, et amusée d’entendre les sottises très informées que j’avais à dire sur l’orthodoxie. Odile écoutait Julien en demi-lotus sur sa chaise, il fut question de la « polyamorie », une fille dont j’ignore le prénom a rendu visite à des Kirghizes, Colin n’a presque pas pipé mot ; il y avait du vin, du fromage, du pain et un excellent saucisson. Julien était heureux. Nous avons rejoint pour un dernier verre Corentin, Jessica, Alma et Camille au Café des Philosophes, moment léger et agréable où il fut question des animaux qui peuplent encore l’Australie, avant de nous quitter. Il me tardait de retrouver ma solitude, dans le tourbillon irréel de ces présences, près de mon basalte sonore et remuant.